Fleur Nabert | FLEUR NABERT

 
Lorsque l'on grandit au milieu des livres, que l' on visite tous les musées d' europe à l'heure de l'enfance, la beauté, la culture, ce qui fait qu'une civilisation demeure au lieu de sombrer dans l'oubli et la mort, prend le pas, dans la conscience et l'imaginaire, sur les autres réalités.

L'art est premier, essentiel. Il remplit l'oeil, comble l'esprit, élève le coeur. Mais il reste une étape que l'esthète, qui vit avec l'amour de l'art, n' est pas obligé de franchir : que sa propre main se mette a créer, que de ses paumes jaillissent des œuvres.
La sculpture a choisi mes mains un jour d'été, à 15 ans. Le besoin de faire frémir la matière sous l' impulsion de l'émotion intérieure s'est imposé avec la puissance de la certitude.
 

Des sculptures sont nées à partir de ce jour, inlassablement. Jusqu'au point ou créer est devenu le sens, le sang de l'existence. Que dire alors dans les copeaux de terre, les flammes de cire, les masses de bronze?

Le vivant, paré de sa beauté, de ses fulgurances, de ses oripeaux d'espoir et de fragilités. Dire aussi ce qui le dépasse, qu' il se nomme grâce, Dieu ou absolu, sans précher ou vouloir convaincre, simplement pour nourir une soif inextinguible : "La loi entière de l’existence humaine se résume à ce que l’homme puisse toujours révérer l’infiniment grand. Si l’on enlève aux hommes ce qui est infiniment grand, ils cesseront de vivre et mourront désespérés. L’homme a besoin de l’illimité et de l’infini tout aussi bien que de la petite planète où il habite." Fedor Dostoievski